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Qui est le nouveau Président Tunisien ?


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par Charles Gérard le 13 décembre 2011

Actualités



Opposant historique à la dictature de Ben Ali, Moncef Marzouki est désormais le premier Président de la démocratie tunisienne. En 2009, il publiait aux Éditions de l’Atelier : "Dictateurs en sursis". Un ouvrage au titre prémonitoire, qui anticipait largement les bouleversements politiques actuellement en œuvre dans la région arabe. Répondant aux questions posées sans complaisance par le politologue Vincent Geisser, Moncef Marzouki livre sa vision de l’avenir politique du monde arabe, sa conception des relations avec l’Europe, les USA et Israël, son interprétation de la laïcité et bien plus.


Dans ce livre, il expose aussi son analyse du rôle des islamistes dans les futures démocraties arabes. Cet ouvrage est aussi une occasion de découvrir l’homme Marzouki sur un registre plus intime : son enfance en exil, sa relation de proximité avec la France, sa passion pour la langue et la culture arabes, son rôle pionner pour une médecine au service des citoyens, ses premiers engagements politiques et philosophiques qui l’ont conduit très tôt à dénoncer la pratique systématique de la torture dans les pays arabes. Après s’être battu durant de longues années contre le régime de Ben Ali, le voici élu tout premier Président potentiellement "réellement démocratique" du Pays. Car même si feu le Président Habib Bourguiba fut un "libérateur" de la femme tunisienne, ce dernier n’en était pas moins un dictateur également. Aujourd’hui, il devra remettre sa nation sur les rails démocratiques, avec à ses côtés un Premier Ministre "Islamiste, dit modéré". Une réelle expérience qui servira sans doute de "laboratoire" aux autres peuples qui ont réussi récemment, au cours de ce qu’on a appelé Le Printemps Arabe, à faire tomber leurs dictateurs respectifs... Et ce n’est sans doute pas fini.

Moncef MarzoukiNé le 7 juillet 1945 à Grombalia en Tunisie, Moncef Marzouki fait ses études secondaires en Tunisie et au Maroc. Lauréat du Concours général en arabe, il bénéficie d’une bourse universitaire pour étudier en France. Docteur en médecine de la faculté de Strasbourg, il est ancien interne des hôpitaux en neurologie. À son retour en Tunisie en 1979, il s’engage comme militant à la ligue tunisienne pour les droits de l’homme (LTDH), créée en 1977, la première à voir le jour dans le monde arabe. En 1981, il quitte les hôpitaux universitaires de Tunis pour diriger une expérience de santé publique autour de Sousse où il devient professeur en médecine communautaire à la faculté. Il élabore et implante des programmes de vaccination, de surveillance des grossesses, d’éducation sanitaire en direction des populations défavorisées et se consacre en particulier à la lutte contre la mortalité infantile et le handicap chez l’enfant. Il est l’un des premiers à s’intéresser au problème très peu connu en Tunisie et dans le monde arabo-musulman de la maltraitance des enfants. Il fonde avec des universitaires africains un réseau pour la prévention de la maltraitance de l’enfant en Afrique (ANPCAN) qui s’intéresse au problème des enfants des rues, à l’exploitation des mineurs, aux mutilations sexuelles chez la petite fille. Tout au long des années quatre-vingt, Moncef Marzouki intervient régulièrement dans la presse tunisienne, notamment dans le journal Erraï (L’opinion) qui fut la tribune des démocrates tunisiens, jusqu’à sa disparition en 1987. Il est l’auteur de nombreux articles remarqués sur la manière d’ancrer la pratique et la pensée universelle des droits de l’homme dans les sociétés arabo-musulmanes. Farouche opposant de la peine de mort, il prend publiquement position pour défendre 10 jeunes gens accusés de pillage lors des émeutes du pain en 1984, cette campagne menée avec d’autres intellectuels tunisiens obligera le président Habib Bourguiba à gracier les condamnés. Il est élu membre du comité directeur de la LTDH en 1985, vice-président en 1987, puis président en 1989. Celle-ci est dissoute en 1992 en raison de son opposition à la nouvelle loi sur les associations, puis légalisée en 1993. Moncef Marzouki décide de ne plus y assurer aucune fonction et crée alors le Comité national pour la défense des prisonniers d’opinion qui est déclaré illégal. Il se présente à l’élection présidentielle de mars 1994 afin de dénoncer la mascarade électorale et la loi en vigueur interdisant toute candidature non validée par le régime de Ben Ali. Arrêté, il est emprisonné jusqu’en juillet 1994. Il subit alors un harcèlement sans précédent de la part du régime : privé de passeport, il est interdit de sortie du territoire pendant plusieurs années. En 1998, il devient le porte-parole du Conseil national des libertés en Tunisie (CNLT) poste qu’il occupe jusqu’en 2001. Licencié de son poste de professeur de médecine à la faculté de Sousse, emprisonné et chassé, il a été contraint à l’exil pendant 10 ans en France où il exerce différentes fonctions comme professeur associé et médecin. Il publie en 2009 aux Éditions de l’Atelier Dictateurs en sursis. La revanche des peuples arabes, entretiens avec Vincent Geisser, préfacé par Noël Mamère (nouvelle édition 2011). De retour en Tunisie après la chute de Ben Ali, le 18 janvier 2011, Moncef Marzouki et son parti le CPR (Congrès pour la République) créé en 2001 et légalisé au lendemain de la révolution tunisienne, sont apparus comme la seconde force politique du pays lors des élections pour l’Assemblée constituante. Moncef Marzouki, le 12 décembre 2011, est élu Président de la République par l’Assemblée constituante.

Vincent GeisserVincent GEISSER est chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo) de Damas. Spécialiste de la Tunisie et du monde arabe, il a notamment publié Le syndrome autoritaire. Politique en Tunisie de Bourguiba à Ben Ali en 2003 aux Presses de Sciences-Po (avec Michel Camau), La nouvelle islamophobie (La Découverte, 2003), et Discriminer pour mieux régner en 2008 aux Éditions de l’Atelier (avec El Yamine Soum). Il vient de faire paraître Renaissances arabes. Sept questions clés sur des révolutions en marche (avec Michaël Béchir-Ayari aux Éditions de l’Atelier, oct. 2011). Pour être objectif et complet, il faut ajouter que Vincent Geisser est "placé sous très haute surveillance" par plusieurs groupes islamistes très peu modérés.

Dictateurs en sursis. La revanche des peuples arabes, Moncef Marzouki, entretiens avec Vincent Geisser Éditions de l’Atelier. Prix maximum conseillé : 19,50 €, 192 pages. (1ère édition 2009, nouvelle édition 2011)